Les impitoyables au pouvoir : l’impossible refuge des migrants aux États-Unis

20 Déc 2019

Les impitoyables au pouvoir : l’impossible refuge des migrants aux États-Unis

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Nous vivons une époque moderne. Le président des États-Unis a été mis en accusation par la Chambre des représentants. Deux articles d’accusation contre Trump ont été adoptés : abus de pouvoir et d’obstruction au Congrès. En revanche, il n’a pas été mis en accusation pour avoir séparé des familles de demandeurs d’asile, éloigné des enfants de leurs parents, ou entraîné la mort ou la disparition d’enfants. Il n’a reçu aucun reproche officiel pour toutes ses tentatives de faire de la frontière sud des États-Unis un enfer. Lorsqu’il a suggéré de fermer la frontière, ses conseillers, apparemment étonnés, lui ont objecté que cette décision allait piéger les touristes américains au Mexique et affecter le précieux accord commercial asymétrique NAFTA et donc l’économie. Le président a fait bien d’autres propositions cruelles comme construire un mur électrifié avec des piques pour percer la chair humaine (la précision est importante), fortifier le mur avec une tranchée remplie d’eau, garnie de serpents ou d’alligators. Il a également eu l’idée de faire tirer dans les jambes des gens, les damnés de la terre, pour reprendre les termes de Franz Fanon, qui traversent la frontière sans papiers.

C’est ce même président qui a ordonné le veto de la résolution 2467 de l’ONU pour mettre fin aux violences sexuelles en temps de guerre, si la section sur la santé sexuelle et reproductive des femmes victimes de violence n’était pas retirée de celle-ci. Ces décisions sont concrètes : elles montrent l’écart entre les droits et les lois, entre les femmes, les enfants et les hommes précarisés, et les lois des hommes de pouvoir.

Les impitoyables au pouvoir se révèlent à travers leurs politiques hypocrites, bafouant les principes éthiques fondamentaux. L’administration Trump a franchi un nouveau seuil dans la cruauté avec ses politiques d’immigration. Le président a expliqué son projet avec son langage habituel, simpliste et superficiel : « Notre pays est plein – il n’en peut plus – alors faites demi-tour, c’est comme ça. » Le titre officiel de leur politique affiche leur cynisme : » Protocoles de protection des migrants  » (MPP). Ces « protocoles de protection » obligent les demandeurs d’asile qui atteignent la frontière sud des États-Unis à retourner dans des zones à haut risque au Mexique. Sous couvert de protection, le président les condamne à la mort. De nombreux rapports ont fait état de viols, d’enlèvements et de tortures de demandeurs/demandeuses d’asile bloqué.es au Mexique.

Preuve supplémentaire du caractère impitoyable de cette politique, le commissaire par intérim du ministère de la Sécurité intérieure l’a justifiée comme étant une alternative à la séparation des familles ; la communication est la clé pour promouvoir des politiques inhumaines. L’alternative est un mot récurrent du langage néolibéral, soit nous n’en avons pas et les systèmes publics doivent être démantelés, soit l’alternative est de démanteler le système d’asile, en prétendant  » rétablir l’intégrité du système d’immigration « . Au même moment, Mark Morgan, le commissaire par intérim de l’US Customs and Border Protection (CBP), a rejeté les nombreux rapports publics (environ 636) de viols, de tortures, d’enlèvements comme étant des  » trucs anecdotiques « .

Pendant ce temps, les demandeurs d’asile n’ont aucune chance d’obtenir une audience qui dure plus de quelques minutes dans des tribunaux établis dans des tentes, ce qui rend pratiquement impossible la poursuite du processus de demande d’asile, selon le bureau du sénateur américain Jeff Merkley. Dans des intentions malveillantes, de faux avis d’audience ont été envoyés aux demandeurs d’asile. La combinaison du MPP et de deux autres politiques d’immigration bloquera le processus d’asile, rendant impossible la recherche d’un refuge aux États-Unis, un pays entièrement aux mains de personnes impitoyables et adeptes de la suprématie blanche.

(Crédit photo 1: Loren Elliott / Reuters / Washington Post) ( Crédit photo 2: Time)